Entretien avec Virginie Trento : 10 ans d’Au-Delà du Cuir

Depuis sa création il y a dix ans, Au-Delà du Cuir s'est imposé comme un acteur majeur de transformation et d’accompagnement au sein de l'industrie de la mode.

Sous la direction de Virginie Trento, l'incubateur célébrait cette année ses 10 ans avec le lancement du podcast « Au Clair d’ADC » ainsi que d’un magazine hors-série retraçant une décennie d'innovations et d'accomplissements.

Porté et financé par la Filière Française du Cuir, Au-Delà du Cuir, ou ADC, est né en 2012 grâce à l'initiative de la Fédération Française de la Chaussure et du Conseil National du Cuir. L’incubateur a pour vocation d'accompagner la jeune garde de la maroquinerie, de la chaussure et de l’accessoire, en mettant en avant leur créativité et en privilégiant une fabrication française ou européenne. À travers un programme transversal, ADC insuffle une véritable dynamique au sein de l'écosystème entrepreneurial de la mode en offrant un soutien aussi bien aux marques émergentes qu'à celles en pleine croissance, plaçant l'innovation et la durabilité au cœur de ses missions.

ADC en 3 mots ?

Label. Performance. Agilité.

Qu'est ce qui t’a motivé à rejoindre ADC ?

Avant d’être chez ADC, j’étais chez WSN. Avant ça, j'étais aussi dans la direction marketing et commerciale de marques françaises. Depuis plus de 20 ans, s’adapter à la structure que l’on a en face et permettre aux marques de passer le cap du dessus en prenant en compte la globalité de son écosystème, à la fois ses performances et ses capacités de développement en France et à l’international. Dans un incubateur, il faut aller au-delà de ce qui se fait aujourd'hui comme innovation entrepreneuriale, c’est ça qui était intéressant pour moi.

Être incubateur, c’est faire face à quel genre de défi ?

Le premier défi c’est de faire en sorte que l’entrepreneur que l’on accompagne puisse accepter la bienveillance amicale lorsque l’on rentre en contact avec lui, et qu’il comprenne que notre but c’est de le challenger. Il y a une vraie approche de confiance et de pertinence envers les gens qui viennent ici, ils savent que l’on ne va pas les brosser dans le sens du poil. On va essayer véritablement, en faisant appel à d’autres experts, de surmonter chez eux ces blocages qu’ils peuvent avoir. Ce sont des choses qui sont de l’ordre de l’humain.

ADC a 10 ans, quelles ont été les principales évolutions de la structure ?

La structure est un très bon outil depuis le début. ADC est né au moment où il y a eu la création des premiers grands incubateurs qui se sont fait dans la mode. Le programme est resté fidèle à sa création. Il n’a pas changé dans son principe, qui est de dynamiser les TPE. C’est plutôt les entrepreneurs, qui lors de ces 10 années ont vraiment changés. Il y a eu différentes époques : celle des stylistes qui n’étaient pas forcément des bons gestionnaires d’entreprises, il y a eu les premiers entrepreneurs issus d’école de commerce qui étaient plus des marketeurs que des créateurs, il y a eu les DNVB, ou encore la vague avant COVID de l'entreprenariat Made In France. L’incubateur a vécu plein de défis différents en 10 ans.

Quels sont les futurs projets pour ADC ?

Il faut toujours garder cette mission de dynamiser ce tissu de TPE et de PME du secteur de l’accessoire de la France. Que l’on prenne vraiment une posture de leadership internationalement reconnue, c’est ça mon ambition. De pouvoir attirer d’autres talents, d’autres vocations de créations d’entreprises avec des recettes à la française. Il y a encore beaucoup de choses à construire autour du projet de l’entrepreneuriat futur. La mission c’est d'accélérer les marques, faire briller cette façon d’entreprendre à la française et être au cœur de l’innovation.

Qu’est ce que l’on peut attendre de la promotion ADC 2024 ?

Je dirais qu’il y a plus de mixité. L’année 2024 confirme déjà un amorçage que nous avons eu en 2023, d’une promotion extrêmement mixée aussi bien en termes de tailles d’entreprises, de projets émergents et d’autres très établis ou de marques avec des entrepreneurs plutôt jeunes et dynamiques. C’est ce qui est assez intéressant, cette mixité qui permet un enrichissement mutuel des expériences.

Quel est le rôle du showroom pour ces jeunes marques ?

On y reçoit plein de gens différents de l’écosystème mode et luxe, accessoires, filières. C’est un lieu de rencontre et de partage. C’est notre lieu de travail au quotidien, on y accueille les lauréats, ils viennent tous ici pour faire leur accompagnement et lors de moments de networking, de déjeuner et de formations. C’est un lieu aussi où on expose leurs créations pour partager leur travail. On y fait aussi des séminaires en lien avec les métiers d’arts.

Quels sont les défis que peuvent rencontrer les jeunes marques du secteur ?

Tous les défis actuels de l'écosystème mode et luxe, par exemple la RSE. Arriver à créer une marque qui soit pérenne, forte, en même temps qui respecte les normes sociétales, environnementales, climatiques et également celles que le gouvernement va imposer. Arriver à avoir une marque forte avec tous les défis que l’on a aujourd'hui c’est challengeant. Les coûts énergétiques et de matières premières sont de plus en plus importants. Tous ces challenges là, les difficultés à s’approvisionner, les coûts.

Quelle relation entre ADC et Premiere Classe ?

C’est une relation de confiance. Nous sommes des partenaires de confiance. Je suis très attachée à ce salon. Avant même d’y travailler, j’y exposais quand je travaillais dans le secteur de l’accessoire et de la mode. Je trouve que ça reste un très grand salon, c’est le seul salon de l’accessoire international. Il est le reflet de ce qu’est le marché aujourd’hui. Nous sommes tous des maillons d’un même écosystème. C’est un moment important où l’on ressent énormément le marché.

Comment WSN peut accompagner ADC encore plus ?

En nous soutenant. On a de nombreux projets pour les dix prochaines années. Tout ce qui va prendre la forme de projet, bien sûr que WSN sera mis au courant et sera réquisitionné comme soutien. Aujourd’hui, je me sens vraiment bien accueillie, je me sens toujours membre de cette équipe.  

Emilie Issart